#défiécrireàvolonté Jour 20

Consigne : De A à Z

Aujourd’hui, vous allez devoir respecter la consigne du nombre de mots, sinon ce serait trop facile.

Un texte sur le thème de l’invention, vous avez le droit à deux jokers, soit deux néologismes (mots inventés), mais ne commençant pas par la même lettre. Entre 100 et 150 mots MAXIMUM

Vous pouvez décrire un objet existant déjà et parler de son arrivée dans le monde ou carrément, inventer un objet révolutionnaire dans notre monde actuel.

Mais la contrainte est que vous devez utiliser, dans vos textes (et ce par deux fois minimum), des mots commençant par chaque lettre de l’alphabet (deux mots commençants par A, deux mots commençant par B, etc.). Mots de 4 lettres minimum.

La serrure

Julien détestait jouer en heads-up contre Omar. Habile à rehausser la tension à table, il flirtait systématiquement avec le règlement. Et la zététique n’était pas le fort de la croupière Zahia qui, xénophile, buvait les paroles de ce kakou.

Les yeux de son opposant ne quittaient pas la jeune femme et sa prise était ferme sur son whisky. S’il avait braqué un regard lourd sur Julien, il aurait su qu’il bluffait. Était-elle complice ou inattentive ?

« Time ! »

Unique minute pour ultime décision, vraisemblablement kamikaze. Quel gâchis ! Acculé, Julien coucha les dames pour la xième fois et nota, admiratif, la façon dont Omar récolta les fruits de son invention : un niveau de vice au-dessus du fameux New York Back Raise. Zahia rangea le jeu à la carte marquée sans dévoiler s’il s’agissait d’un as, et le tournoi continua en laissant sa volonté déjà trop ébranlée pour gagner le trophée du Winamax Sismix.

#défiécrireàvolonté Jour 19

Consigne: Vol de verbes !

Aujourd’hui, vous allez devoir écrire un texte entre 100 et 300 mots, sous la forme de votre choix (poème, introduction de nouvelle, etc.).

La contrainte est de ne pas utiliser de verbes conjugués. Vous avez le droit aux participes présents et participes passés, et à leur forme adjectivale.

Prêt-es ?

Compte de poker en ligne désactivé

Ordinateur allumé, paré à jouer !

Connexion impossible. Nouvelle tentative.

Connexion impossible. Mot de passe oublié ?

Connexion impossible. Nouveau mail.

Compte désactivé. Zéro dollar restant. Sept cent vingt-trois mille trois cent vingt-sept dollars envolés.

Des battements répétés du cœur à la tempe. Tempe laissant perler une goutte de sueur. Goutte de sueur ou larme égarée ?

Compte à zéro.

Expatrié, exproprié, exposé vulnérable et endetté.

Les joues rougies, les mains tremblantes, les pieds battant le rythme de la fuite imaginée contre celui de la chaise de bureau.

Black Friday, nom historique du 15 avril 2011, qualifiant ironiquement la fermeture de Full Tilt Poker et celle de la carrière de nombreux joueurs de poker internationaux.

Sauver les apparences.

Boire ?

Ou pire.

 

#défiécrireàvolonté Jour 17

Consigne : Nenon c’est pas moi

C’est un défi à double contrainte.

La première qui est à mon avis la plus simple: utiliser les trois objets suivants dans le texte, mais en les utilisant de manière différente de leur usage habituel. Les mots sont horloge, piano, tableau et réfrigérateur.

La deuxième contrainte est une contrainte de son. Nous allons répéter le son « R ». Il faut donc utiliser au moins 60 mots ayant le son « R » à l’intérieur.

Le sujet est libre et le texte doit faire entre 150 et 400 mots.

Bienvenue chez toi !

Les colocataires de Julien étaient au nombre de treize. Allait-ce lui porter bonheur ou au contraire attirer la malchance ? Ni l’un ni l’autre bien sûr, l’ancien professeur de mathématiques et joueur de poker, cartésien, n’est pas superstitieux.

« … Et voilà la grinding room ! C’est ici qu’on se retrouve avec les ordinateurs, principalement pour les tournois. Tu as un bureau libre au bout à droite, sous le bordel de cendriers débordés et cannettes de redbull vides. Bien sûr, il y a la fibre et tu as un branchement filaire possible directement sur le mur. »

Yoann le guidait dans les couloirs de l’immense demeure luxueuse en lui présentant au fur et à mesure ses autres colocataires et les points d’intérêt. Ils allaient passer à la prochaine pièce, mais le regard de Julien s’arrêta sur l’étrange agencement d’une partie de la vaste salle qui comportait des poufs, du faux gazon, une table de pique-nique, et un piano visiblement installé là pour la décoration comme en témoignait une chaîne audio déposée directement sur le siège de l’instrument. C’était autre chose encore qui l’intriguait.

« Pourquoi l’horloge n’est pas à l’heure ?
– Elle est à l’heure de Paris. Certains jouent sur le .fr où le niveau des joueurs est désespérément bas plutôt que d’affronter les Russes et les Allemands. Alors ça leur permet de vérifier si c’est l’heure des fishs, et de changer de room de poker si besoin. »

Julien n’avait pas imaginé rester sur le .fr. Il avait beaucoup fantasmé l’opportunité de rejoindre les tables internationales, et cette information lui donnait matière à réfléchir. Il ne serait plus dépendant d’horaires de bureau maintenant, la liberté avait un goût qu’il peinait à réellement découvrir.

« Attention ! »

En sortant dans le couloir, il faillit heurter un autre habitant des lieux qui transportait deux immenses tableaux.

« Putain ! Tu m’as fait flipper mon gars ! jura-t-il. Ça vaut de l’or ça, c’est un investissement, alors regarde où tu marches !
– Tu investis dans l’art ? demanda Julien, surpris.
– Pas de banque, pas de problème. Mais ne va pas suivre Yoann dans son délire sur le bitcoin hein ! lança-t-il en regardant en biais le guide du jour.
– Je ne sais pas… »

Un silence un peu bizarre basé sur l’absence totale de sens de la répartie de notre z’héros s’installa quelques secondes avant que la visite reprenne en direction de la cuisine qui clôturait ce tour du propriétaire. Julien se retrouva alors seul avec son éternel sac à dos kaki. Il profita de l’occasion pour en sortir un sandwich qu’il voulait réfrigérer pour plus tard. Mais une dernière surprise l’attendait pour lui faire découvrir la raison d’être de l’affichage « raise ton mental » sur le plus grand des deux réfrigérateurs. Celui-ci était tout simplement rempli de redbull dans la portière, de bière dans les bacs légumes, et de bocaux de marijuana à tous les autres étages. Pendant un bref instant, il se posa la question de la pertinence de son expatriation à Chiang Mai, mais écarta bien vite cette désagréable pensée pour la remplacer par l’excitation de vivre enfin la vie sans contraintes dont il avait toujours rêvé.

#défiécrireàvolonté Jour 16

Consigne : Immobilité indéfinie

Aujourd’hui, vu que c’est lundi et que nous sommes encore un pied dans la fin de semaine et les yeux brumeux à la sonnerie du réveil, nous allons parler d’immobilité.

Prenez votre personnage et mettez-le en scène dans l’immobilité. Immobilité de l’avatar, des objets qui l’entourent, du temps, etc. C’est à votre discrétion.

Les contraintes :
– utiliser au moins 7 articles indéfinis (aucun, plusieurs, etc.)
– point de vue omniscient (votre narrateur-trice sait tout, entend tout, etc.)

Texte entre 100 et 400 mots

La popularité s’achète

Il n’y a pas que lorsque l’on contemple la mort que le film de notre vie défile devant nos yeux. Parfois, ça arrive lors d’un battement de cil. Wink. En un clignement, plusieurs heures sont passées. Chaque minute est à la fois longue, détirée, et inexistante dans la chronologie que le cerveau embué par les vapeurs d’alcool essaye de construire. Julien, dans un état presque léthargique, les yeux vitreux, la bouche qui parfois s’active toute seule pour répondre à une question dont il n’a même pas conscience, contemple le vide qui sépare les danseurs et les silences entre les beats de la musique trop forte. Tellement de vide. Certains de ses colocs ont trouvé une partenaire et s’activent à jeter des ponts dans le vide qui les séparent. Wink. Le temps de cligner des yeux n’est pas suffisant pour que les vides se remplissent. Et Julien contemple l’immobilité entre chaque mouvement visant à se rapprocher, entre chaque baht dépensé, entre chaque shot afonné. La distance est chaque fois divisée, le vide reste toujours strictement supérieur à zéro. Wink. Une ou plusieurs filles l’ont approché. Il est difficile de les différencier dans la pénombre et dans cet état d’ivresse. Il sait qu’elle•s contemple•nt surement la profondeur de son portefeuille au fur et à mesure que les bouteilles vides s’alignent sur la table. À moins qu’elle•s ne le trouve beau. L’ivresse choisit le raisonnement le plus plaisant. Julien ressort donc son portefeuille pour fièrement afficher une partie de ses gains de joueur de poker professionnel. Pourvu qu’elles ne soient pas jalouses, dans le cas où elles seraient plusieurs.

#défiécrireàvolonté Jour 15

Consigne : Elles ont du style, ces rhétoriques !

Alors ici on va mélanger figures de style et figures de rhétorique. Et les gagnantes sont le zeugma et la métonymie. Attendez je vais vous expliquer ces mots tout droit sortis des enfers.

Le zeugma consiste à coordonner des éléments qui sont normalement incompatibles syntaxiquement ou sémantiquement. On associe souvent un élément concret et un élément abstrait.
Ex.: il était vêtu d’un manteau et d’amabilité.
Elle sortit de son sac ses clés et son sourire le plus radieux.

La métonymie, elle permet de désigner quelque chose en utilisant un autre mot que celui qui convient, comme une partie pour le tout (une lame pour désigner une épée, rejoindre son oreiller pour aller au lit), une relation de cause à effet (boire la mort pour boire du poison) ou le contenant du contenu (manger son assiette, boire un verre).

Donc à vous de faire un texte avec pour thème la nourriture ou le voyage contenant au moins 4 zeugmes et 3 métonymies. Texte entre 150 et 400 mots.

Vous vous sentez d’attaque? Alors c’est à vous! Étonnez-nous.

Premiers pas dans de vieilles habitudes

Julien n’avait pas un look de touriste. Il portait son habit du dimanche. Et je ne parle pas du dimanche pieux, mais du dimanche un peu plus « luv », du dimanche pluvieux. Celui qui ne se vit pas hors de son jogging et rarement loin de son oreiller. C’est vêtu d’un pantalon confortable, de vieilles baskets, d’un hoodie brandé « Poker-Geek », et de sa détermination à changer de vie qu’il tendit son passeport au douanier qui l’attendait à la sortie de l’avion.

Au premier pas à l’extérieur, il fut saisi à la gorge par une bouffée de chaleur qui contrastait avec la grisaille parisienne qu’il avait quittée quelques heures plus tôt. L’air vicié du RER B fut vite remplacé dans ses poumons par le souffle humide et exotique de la Thaïlande. C’était à la fois inconfortable pour le corps et rafraichissant pour l’esprit. Il l’avait fait. Il avait quitté son emploi, ses attaches, sa zone de confort. Un taxi l’emmenait vers une grind house, villa occupée par un groupe de joueurs de poker, et vers son destin.

La réalisation de la distance qui séparait son ancien appartement et son nouveau quotidien ne viendrait que plus tard. Son premier geste en arrivant serait d’ouvrir ses tables de poker en ligne et refermer sa bulle. Bonjour zone de confort, tu m’avais manqué.

#défiécrireàvolonté Jour 13

Consigne : c’est votre jour de chance.

Voici une prémisse, à vous d’écrire la suite : Votre personnage vient de vivre son premier obstacle.

« C’était sa chance, cet instant que l’on attendait plus, mais qui arrivait à point nommé. Rien ne laissait présager cette lumière au bout du tunnel et c’était avec l’espoir en poche que l’avenir pouvait de nouveau s’envisager. »

Statistiques et probabilités

« Mais monsieur, moi je veux pas être prof de maths alors ça me sert à rien. »

La classe rigole. Les lèvres de Julien se pincent et ne forment plus qu’une ligne. D’un geste un peu brusque, parce qu’il retient un tremblement, il dépose la copie du mauvais élève sur le coin de sa table et se retourne soudainement pour traverser dans le sens inverse et à grands pas la salle de classe.

« Vous voulez du concret ? Interro surprise pour tout le monde ! Vous pourrez remercier Loïc ! »

Il fait volontairement crisser la craie sur le tableau noir en improvisant un exercice. Il connait les chiffres. Il connait l’histoire. Il énonce à voix haute en même temps qu’il écrit.

« Gollum ne veut pas être prof de maths. Et comme Gollum n’a pas de travail, il s’ennuie toute la journée. Gollum a 50 € sur lui qu’il décide de dépenser pour s’amuser. Deux choix s’offrent à lui : il peut acheter 25 grilles de loto à 2 €, ou bien aller au casino pour jouer à la roulette et mettre tout sur le rouge. Sachant qu’en moyenne, on perd 1,24 € par grille de loto achetée, qu’il y a 37 numéros sur la roulette, que le casino double la mise lorsque le rouge sort, et qu’on perd tout quand c’est le noir ou le 0 qui sort, dans quel cas l’espérance de gain est-elle maximale ? Comment les notions de variance et écart-type peuvent-elles influencer le choix de Gollum ? »

C’est la variance ma pauvre Lucette

La notion de gestion de bankroll¹ est importante dans ces cas-là. Julien le sait, et Julien en a marre d’être prof de maths. Il est en bad run depuis un mois. Mathématiquement, ça veut dire que la variance est contre lui. Que ses gains effectifs au poker sont en dessous de son espérance de gain. Il a beau analyser ses mains jouées encore et encore, il ne peut que constater qu’il a pris toutes les bonnes décisions. Et pourtant, la courbe de son espérance de gain sur les 200 000 mains jouées aux tables de poker le mois dernier s’envole alors que sa courbe de gains dégringole. Sa bankroll est au plus bas. Avoir une bonne gestion de bankroll c’est prendre en considération le facteur chance, la variance, pour ne pas investir plus d’un certain pourcentage des fonds disponibles dans chaque partie. Ça permet de ne pas faire faillite au moindre mauvais coup.

Voilà pourquoi Gollum, au chômage, ferait mieux de jouer au loto, même si l’espérance de gain y est meilleure à la roulette : il ne peut pas encaisser la variance si ça se passe mal au casino.

Tant pis.

Julien ouvre sa salle de poker en ligne et s’inscrit à un tournoi High-Roller avec l’intégralité de sa bankroll restante.

La case chance

Rapidement, Julien est chipleader² du tournoi. Il gagne tous ses flips³. Il roule sur les tables, joue agressif même à la bulle pour mettre la pression aux joueurs qui n’auront bientôt plus le choix de partir à tapis. Il sait qu’il est en tilt. S’inscrire à ce tournoi n’était pas une bonne décision et sa chance l’a porté jusque-là.

Pause.

Le tournoi est en pause pour cinq minutes. Julien en profite pour faire défiler les statistiques des joueurs à sa table et du tournoi. La bulle vient de sauter, tous les joueurs restants sont donc gagnants, et il est encore là, des cartes lui seront distribuées dans quelques minutes. Et si ? Et s’il n’était pas obligé de rester en tilt, et s’il revenait à des décisions rationnelles ? Et s’il faisait ça maintenant ? Il active un minuteur, ferme les yeux et prend trois grandes respirations. Il se met à l’écoute de son corps. C’est comme si sa tête surchauffait. C’est comme s’il y avait une boule dure à l’intérieur de son ventre. Julien visualise une lumière douce et dorée qui l’envahit au rythme de sa respiration, rafraichissant son cerveau, dénouant le noeud dans son ventre. Ça fait déjà plusieurs heures qu’il joue sur ce tournoi et il en a encore pour plusieurs heures parce qu’il est déterminé à gagner. Il sent quelque chose se débloquer en lui, et visualise le flot d’or liquide circuler librement à travers tout son corps. Il sait qu’il est prêt, prêt à jouer son A-Game, quand son minuteur sonne et que le croupier virtuel distribue les premières cartes de la reprise à une vitesse inatteignable par les humains qui animent les tables de casino dans la vie réelle.

Quelques heures plus tard, Julien refuse le deal proposé par l’autre joueur ou joueuse. Il sait que l’importance de son tapis et son image agressive depuis le début de la table finale lui confèrent un avantage non négligeable dans ce tête-à-tête final. Il ne veut pas partager les gains. À ce stade, il se fiche de l’argent, il veut surtout surpasser intellectuellement un•e autre génie du poker. C’est sa chance.

Et il perd le coup suivant. En jouant sur son image agressive, il a tenté d’attraper son adversaire avec une belle main faite, mais celui•celle-ci était sur un tirage par le ventre avec une paire inférieure et a touché sa fichue carte. Envolé l’avantage du gros tas de jetons. Les coups suivants se succèdent sans voir beaucoup de changement dans l’équilibre des tapis. Les blindes montent petit à petit. Il est déjà quatre heures du matin et ils n’ont plus qu’une vingtaine de blindes chacun, il va être temps de mettre tout au milieu.

As-Roi. Le cœur de Julien s’arrête. C’est la main du coin-flip par excellence. Relance, surrelance, pas le choix : tapis. Payé et c’est parti. Son adversaire retourne une paire de dames. Ça ne lui enlève pas de carte, mais c’est un vrai 50/50. Le flop apparait à l’écran : 5-Dame-3.

« ARGH ! »

Julien a crié en faisant pivoter son siège de bureau pour tourner le dos à l’écran. Un flot de colère est sorti brutalement avec ce cri qui venait des tripes sans aucune considération pour le voisinage. Il a perdu son flip. Un coup de malchance qui vient rééquilibrer son karma si maltraité par sa décision de payer son entrée dans ce tournoi. C’est bien fait pour lui en fait. Il mérite de perdre. Bien sûr quand on parle de perdre on parle de gagner quand même 12 450 € pour la deuxième place, mais pour lui la défaite dans ce heads-up est bien plus cuisante que s’il était sorti dès le premier niveau, perdant alors l’intégralité de sa bankroll restante. C’est un échec à prouver à lui-même et à ce•tte joueur•se inconnu•e, mais visiblement brillant•e la supériorité de son intellect.

Un son de feu d’artifice sort de ses haut-parleurs. Le son d’une victoire à un tournoi. Incrédule, Julien se retourne et regarde le flop : 5-Dame-3-10-Valet. Quinte. Il a une quinte. Et remporte le gros lot, 18 000 €, et son estime de lui.

 

¹ Les fonds dédiés au poker
² Le joueur avec le plus de jetons dans le tournoi à un moment donné
³ Abréviation de coin flip, jeu de pile ou face, il s’agit en poker des coups dont la probabilité de gagner ou perdre la main est d’environ 50%

#défiécrireàvolonté Jour 6

Consigne : se laisser aller. Vous pouvez le faire en musique, si vous le souhaitez.
Vous allez prendre une feuille et un crayon et j’insiste sur ces outils. En effet, le résultat n’est pas efficace sur ordinateur. Mettez un timer de 15 ou 20 min qui sonne. Surtout pour les plus sensibles d’entre vous.
Vous allez écrire un texte en écriture automatique. C’est une pratique d’écriture inconsciente, qui permet de laisser la créativité vous guider totalement.
On entend souvent ce terme en spiritisme, mais ce n’est pas l’optique de cet exercice.
Vous allez essayer de faire le vide dans votre tête puis inspirer 2 ou 3 fois profondément puis stabiliser votre respiration. Vous pouvez également écouter les battements de votre coeur et vous concentrer dessus.
Normalement, des mots et des images vont apparaître, laisser votre main se guider seule. Peu importe, si vous écrivez droit ou pas, si ce sont plus des formes que des mots qui apparaissent sur votre feuille. N’essayez pas de construire des phrases. Arrêtez quand le timer sonne.
Prenez encore quelques longues respirations, car vous allez sûrement vous sentir un peu groggy.
Pourquoi cet exercice qui ressemble presque à une méditation ? Cet exercice est un exercice de déblocage. On l’utilise quand on a le syndrome de la page blanche. Si vous êtes plus sensible, vous pouvez le limiter à 10 min et demander à quelqu’un d’être présent. Il peut être très libérateur mais également éprouvant.

Recto

Verso

#défiécrireàvolonté Jour 5

Consigne : établir les bases. Vous allez répondre aux 5P de la création d’une histoire :

  • Personnage (ça c’est déjà fait)
  • Place : où se situe votre action ?
  • Période : quand se situe votre action ?
  • Problème : quelle est le problème que rencontre votre personnage ? Quel est l’élément perturbateur ? Le grain de sable dans la vie parfaite de votre perso ?
  • Processus : comment votre personnage compte résoudre son problème ? Quels moyens va-t-il prendre pour régler la chose ?

Personnage

Place

Commence dans un lycée de proche-banlieue parisienne mais se passe principalement à Chiang Maï, Thaïlande.

Période

Entre 2010 et 2015.

Problème

Julien manque de reconnaissance. L’élément perturbateur est sa prise de décision de changer de carrière pour chercher ça.

Résolution

C’est son parcours de joueur de poker professionnel, de recherche de challenge intellectuel en utilisant l’argent comme mesure de la reconnaissance de sa valeur. Ultimement, il devra apprendre à se (re)connaître lui-même pour ne plus attendre ça de l’extérieur.

Les problématiques et résolutions en format trilogie

  1. Mai 2010 : régulation du poker en ligne en France, pour conserver son taux horaire, Julien doit quitter le pays, quitter son métier, quitter sa stabilité. Après une petite étude du rapport coûtdelavie/meufsfacilespourgeekriche/qualitéconnexioninternet/tolérancedesautorités il choisit d’aller à Chiang Maï en Thaïlande et vivre du poker en ligne.
  2. Avril 2011 : fermeture de Full Tilt Poker par la justice. La bankroll de Julien est bloquée, il n’a plus d’argent. Il va devoir remonter les limites en partant de presque rien. Il commence à grind de limites en limites, une à une MAIS
  3. comme il n’a plus de marge, il ne vit plus la vie de prince qu’il avait en arrivant à Chiang Maï. Il est « scared money ». Son mental lâche. Il n’arrive plus à mettre de l’argent de côté, dès qu’il cashout il dépense vite pour donner l’illusion d’un train de vie. Jusqu’à se retrouver à la rue et se faire payer un billet pour rentrer chez ses parents.
La résolution il la trouvera parce qu’en rentrant il se rendra compte que tout ce qui lui faisait peur avant est aujourd’hui facile. Il n’a plus peur de l’inconnu, des gens, plus peur de rien, sa ville lui semble trop petite, les gens appartiennent pour lui au passé et sont de vieilles histoires qui lui apportent un peu de nostalgie tout au plus. En fait il est moins riche en argent mais riche d’ouverture au monde. Jusqu’à reprendre contact avec ses racines, il n’était pas capable de voir le chemin parcouru, prendre mesure de sa valeur. Il pensait qu’il devait sortir riche de son expérience alors que c’était l’expérience même la richesse. Et pif paf pouf bonheur et lâcher prise sur les choses matérielles.
PUIS LA UN MEC A QUI IL DOIT PLEIN D’ARGENT LE RETROUVE il essaye vaguement de partager avec lui la beauté du lâcher-prise sur le monde matériel ET LE MEC LE BUTE. Résolution ultime.

#défiécrireàvolonté Jour 2

Consigne : création d’un personnage qui reviendra dans les prochains défis.

Il s’appelle Julien

Le prénom le plus banal pour le garçon de 23 ans le plus invisible.
Il est légèrement plus petit que la moyenne, pas un gramme de muscle (même monter les 3 étages jusqu’à chez lui l’essouffle et lui donne des vertiges), des bras maigres mais tout de même un peu de gras sur le ventre. Ses cheveux et ses yeux sont du brun le plus commun. Il n’a pas de signe particulier et aucun style vestimentaire d’après toutes les personnes qui ont un jour commenté ses t-shirts geek et jeans trop larges datant de son surpoids d’adolescent.

Julien se différencie par tout ce qui ne se voit pas. Son cerveau. Son cerveau tourne à mille à l’heure. Et compte, compte tout le temps, compte les pigeons qu’il voit par la vitre sale du RER tous les matins et tous les soirs, compte les marches même si le nombre ne varie pas d’un jour à l’autre : 3 pour entrer dans le bâtiment puis 17 jusqu’à sa classe, compte le nombre de fois où il entend un téléphone vibrer pendant le cours sans savoir de quel sac, trousse, ou poche ça vient, compte les erreurs de calcul sur les copies de ses élèves, compte les chances que son adversaire ait un as dans sa main, compte les chances qu’un as tombe à la river, compte la commission prélevée par la room de poker en ligne, et enfin compte et compare son salaire horaire de professeur de maths stagiaire et son gain horaire de joueur de poker. Les chiffres ne se trompent pas, c’est la seule chose dont Julien est sûr dans sa vie. Et les chiffres l’affirment : son revenu est 3.758325 fois meilleur au poker qu’au travail.

Les chiffres sont tout ce que Julien connaît

L’éthique et les valeurs morales ne pèsent pas dans la balance. Bien sûr quelque part il a une sensibilité pour les chiens, est romantique, et a un grand sens de l’humour, mais tout ça il l’a enfoui depuis longtemps, sous les moqueries de ses camarades de collège, de lycée, de fac, et même, alors qu’il pensait renverser tout ça en devenant prof lui-même, de ses élèves. 23 ans de solitude. Il n’a que sa maman qui lui répète « la bave du crapaud n’atteint la blanche colombe » depuis toujours. Alors qu’il n’est pas du tout une blanche colombe. Il se voit plutôt comme un pigeon gras de Saint-Michel, les yeux rougis par la pollution, une patte mutilée par les pics anti-pigeons, indissociable des autres pigeons mais que tout le monde méprise quand même.

Tout ça va changer

Julien avait commencé à jouer au poker en ligne par dépit, pour s’évader, et rêver à gagner une grosse somme suffisante pour tout quitter. Puis il s’était révélé doué. Compter permettait de gagner. La carapace émotionnelle qu’il s’était forgé permettait de gagner sur le long terme. Maintenant, il jouait dès qu’il rentrait de sa journée de travail et jusqu’au bout de la nuit. Et il avait trouvé sur internet une communauté de gens comme lui. Une communauté qui regardait son cerveau plutôt que ses joues et lunettes rondes. Une communauté de « sharks » qui gagnait de l’argent sur la naïveté des joueurs occasionnels, les « fishs ». Beaucoup d’argent. Non seulement cette communauté l’acceptait mais en plus il faisait partie de l’élite.

Désormais, c’est avec un grand mépris qu’il grimpait les 3 puis 17 marches jusqu’à sa classe. Mépris pour ses élèves qui lui donnait des surnoms insultants et le bousculait dans les couloirs sans gêne, mépris pour ses collègues professeurs qui le regardaient du haut de leur expérience alors qu’ils gagnaient très exactement 3.758325 fois moins que lui quand il ouvrait sa room de poker fétiche sur son laptop pendant la récréation, et même mépris pour ses parents et leur naïveté. Il n’était pas une blanche colombe…

Il était un shark

Quand tous ces gens bien intégrés socialement allaient faire un pas dans un casino en ligne, il s’assurerait qu’il ne leur reste plus rien en un tour de table et trois tours de mains, il s’assurerait qu’ils n’aient même pas le temps d’appeler ça « loisir », enfin, il s’assurerait que son nom soit connu dans le monde du poker pour qu’enfin son intelligence, non, mieux : sa supériorité intellectuelle soit reconnue de façon indiscutable.
Alors, les filles n’auraient plus honte de le fréquenter.

Julien Nem69, dessinateur de BD poker, membre du collectif arbitraire

J’ai rencontré Nem69 ! Au lancement de la 12e revue du collectif arbitraire dont il fait partie.

Il m’a même fait une cassedédi sur ma revue. <3

Pour voir un peu ce qu’il fait en dehors de PokerStrategy.com, avec le collectif Arbitraire, voire acheter leur revue en ligne, c’est par ici :

Site du collectif Arbitraire

Dans l’onglet « Revue » vous découvrez leur revue qui est réalisée à plusieurs mains (6 dessinateurs pour le 12 ?). Dans les éditions précédentes, chacun réalisait une petite histoire mais le 12 est une seule grande histoire dont chacun a fait un bout avec son style de dessin.

L’histoire est drôle, intelligente et le style artistique est original puisque mixé ! On reconnait très bien la patte de Nem.
Je trouve marrant aussi les planches qui se lisent du bas vers le haut (« Logique puisqu’ils escaladent la montagne ! » Hum oui logique d’accord :’)).

Dans les trucs que j’ai feuilleté, j’ai trouvé intéressant bien sur la couverture du 11 qui fait livre-objet-de-décoration : Nem m’a expliqué qu’elle était sérigraphiée et non pas imprimée de façon classique.

Le lancement du numéro 12 se passait d’ailleurs dans un atelier de sérigraphie et on a pu voir comment ça se passait, avoir des explication tout ça tout ça, et pour ceux qui ne savent pas ce que c’est et bien, go Wikipédia hein, je vais pas vous refaire le cours.

Sérigraphie

Si je dois choisir une histoire, j’ai adoré l’humour de Nem dans le numéro 10 !

Mais je dois avouer que j’ai tout juste jeté un œil aux autres histoires puisque j’étais absorbée par son histoire d’exécution :

Enfin, en dehors du travail de Nem qui était le truc qui m’a amené à cette soirée de lancement, j’ai pu découvrir d’autres artistes, et j’ai en particulier adoré le Livre Poupy-IsaacNeutron, fait d’un style de dessin très sombre-coloré, d’humour noir-facepalm, avec l’originalité de se lire dans un sens ou dans l’autre et d’être parfaitement bilingue.

Voilà les deux couverture (d’un côté et de l’autre du livre) :

Et un cours extrait de chaque côté de la BD sombre-coloré, noir-facepalm, bilingue :

Hahaha, Nem ne va pas pouvoir continuer à se cacher plus longtemps si ça continue !
En tout cas, j’espère vous avoir donné envie de découvrir un peu son travail hors poker.

Merci beaucoup à Nem pour son accueil au lancement de la douzième revue du collectif Arbitraire, et surement à très bientôt !

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