#défiécrireàvolonté Jour 20

Consigne : De A à Z

Aujourd’hui, vous allez devoir respecter la consigne du nombre de mots, sinon ce serait trop facile.

Un texte sur le thème de l’invention, vous avez le droit à deux jokers, soit deux néologismes (mots inventés), mais ne commençant pas par la même lettre. Entre 100 et 150 mots MAXIMUM

Vous pouvez décrire un objet existant déjà et parler de son arrivée dans le monde ou carrément, inventer un objet révolutionnaire dans notre monde actuel.

Mais la contrainte est que vous devez utiliser, dans vos textes (et ce par deux fois minimum), des mots commençant par chaque lettre de l’alphabet (deux mots commençants par A, deux mots commençant par B, etc.). Mots de 4 lettres minimum.

La serrure

Julien détestait jouer en heads-up contre Omar. Habile à rehausser la tension à table, il flirtait systématiquement avec le règlement. Et la zététique n’était pas le fort de la croupière Zahia qui, xénophile, buvait les paroles de ce kakou.

Les yeux de son opposant ne quittaient pas la jeune femme et sa prise était ferme sur son whisky. S’il avait braqué un regard lourd sur Julien, il aurait su qu’il bluffait. Était-elle complice ou inattentive ?

« Time ! »

Unique minute pour ultime décision, vraisemblablement kamikaze. Quel gâchis ! Acculé, Julien coucha les dames pour la xième fois et nota, admiratif, la façon dont Omar récolta les fruits de son invention : un niveau de vice au-dessus du fameux New York Back Raise. Zahia rangea le jeu à la carte marquée sans dévoiler s’il s’agissait d’un as, et le tournoi continua en laissant sa volonté déjà trop ébranlée pour gagner le trophée du Winamax Sismix.

#défiécrireàvolonté Jour 19

Consigne: Vol de verbes !

Aujourd’hui, vous allez devoir écrire un texte entre 100 et 300 mots, sous la forme de votre choix (poème, introduction de nouvelle, etc.).

La contrainte est de ne pas utiliser de verbes conjugués. Vous avez le droit aux participes présents et participes passés, et à leur forme adjectivale.

Prêt-es ?

Compte de poker en ligne désactivé

Ordinateur allumé, paré à jouer !

Connexion impossible. Nouvelle tentative.

Connexion impossible. Mot de passe oublié ?

Connexion impossible. Nouveau mail.

Compte désactivé. Zéro dollar restant. Sept cent vingt-trois mille trois cent vingt-sept dollars envolés.

Des battements répétés du cœur à la tempe. Tempe laissant perler une goutte de sueur. Goutte de sueur ou larme égarée ?

Compte à zéro.

Expatrié, exproprié, exposé vulnérable et endetté.

Les joues rougies, les mains tremblantes, les pieds battant le rythme de la fuite imaginée contre celui de la chaise de bureau.

Black Friday, nom historique du 15 avril 2011, qualifiant ironiquement la fermeture de Full Tilt Poker et celle de la carrière de nombreux joueurs de poker internationaux.

Sauver les apparences.

Boire ?

Ou pire.

 

#défiécrireàvolonté Jour 18

Consigne : Enchaînements actifs

Ce défi va vous faire travailler quelque chose qui peut possiblement tuer un texte : les verbes d’état.
Ils s’opposent aux verbes d’action.

On retrouve dans les verbes d’état: apparaître, avoir l’air, demeurer (lorsqu’il exprime une continuité), devenir, être (auquel on peut ajouter : être appelé, être choisi pour, être considéré comme, etc.), paraître, passer pour, rester (lorsqu’il exprime une continuité), s’appeler, s’avérer, se faire, sembler, se montrer, se trouver, tomber (malade, amoureux, etc.).
Lien vers une liste

On a tendance à trop utiliser les verbes d’état donc aujourd’hui sur un thème libre vous allez écrire un texte SANS AUCUN verbe d’état.

Et votre texte devra contenir un enchaînement de cause à effet, appelé aussi « effet domino ». L’action doit donc mener à une autre action.

Entre 150 et 450 mots.

L’inaction en action

Le goût du café de sa mère lui revenait en bouche. Il avait goûté cette boisson corsée lorsqu’il avait dix ans et avait détesté. Il avait alors pris la décision ferme et définitive de ne jamais retenter l’aventure. Aussi, il ne comprenait pas pourquoi les adultes limitaient si souvent la description de leurs moments de répit à « pause café », et en particulier l’attroupement de ses collègues autour de la machine dès que la sonnerie annonçait l’interclasse. Devait-il approcher ? Il reconnaissait l’importance de socialiser au travail, mais ne savait que faire de ses mains.

Julien avança, un peu penaud, et pétrifié à l’intérieur, pour rejoindre la conversation. Il surprit des regards gênés des autres professeurs, et croisa les bras pour ne plus penser à une façon d’occuper ses mains. Il rit en retard à une blague dont il n’avait pas entendu le commencement. Plusieurs fois, il prit une inspiration qui fit tourner la tête de ses interlocuteurs, mais quelqu’un parla avant qu’il ait eu le temps, et surtout le courage, de se lancer. Finalement, la sonnerie retentit une nouvelle fois. Le soulagement qui les envahit rafraichit l’air entre eux. Les adultes si adultes avaient fini leur café, et retournèrent à leur classe, sans un mot pour Julien. Méritait-il d’être ignoré ainsi ? Il pensa que oui. Après tout, il n’avait pas participé à la conversation, il avait juste existé au même endroit et au même moment que celle-ci.

#défiécrireàvolonté Jour 17

Consigne : Nenon c’est pas moi

C’est un défi à double contrainte.

La première qui est à mon avis la plus simple: utiliser les trois objets suivants dans le texte, mais en les utilisant de manière différente de leur usage habituel. Les mots sont horloge, piano, tableau et réfrigérateur.

La deuxième contrainte est une contrainte de son. Nous allons répéter le son « R ». Il faut donc utiliser au moins 60 mots ayant le son « R » à l’intérieur.

Le sujet est libre et le texte doit faire entre 150 et 400 mots.

Bienvenue chez toi !

Les colocataires de Julien étaient au nombre de treize. Allait-ce lui porter bonheur ou au contraire attirer la malchance ? Ni l’un ni l’autre bien sûr, l’ancien professeur de mathématiques et joueur de poker, cartésien, n’est pas superstitieux.

« … Et voilà la grinding room ! C’est ici qu’on se retrouve avec les ordinateurs, principalement pour les tournois. Tu as un bureau libre au bout à droite, sous le bordel de cendriers débordés et cannettes de redbull vides. Bien sûr, il y a la fibre et tu as un branchement filaire possible directement sur le mur. »

Yoann le guidait dans les couloirs de l’immense demeure luxueuse en lui présentant au fur et à mesure ses autres colocataires et les points d’intérêt. Ils allaient passer à la prochaine pièce, mais le regard de Julien s’arrêta sur l’étrange agencement d’une partie de la vaste salle qui comportait des poufs, du faux gazon, une table de pique-nique, et un piano visiblement installé là pour la décoration comme en témoignait une chaîne audio déposée directement sur le siège de l’instrument. C’était autre chose encore qui l’intriguait.

« Pourquoi l’horloge n’est pas à l’heure ?
– Elle est à l’heure de Paris. Certains jouent sur le .fr où le niveau des joueurs est désespérément bas plutôt que d’affronter les Russes et les Allemands. Alors ça leur permet de vérifier si c’est l’heure des fishs, et de changer de room de poker si besoin. »

Julien n’avait pas imaginé rester sur le .fr. Il avait beaucoup fantasmé l’opportunité de rejoindre les tables internationales, et cette information lui donnait matière à réfléchir. Il ne serait plus dépendant d’horaires de bureau maintenant, la liberté avait un goût qu’il peinait à réellement découvrir.

« Attention ! »

En sortant dans le couloir, il faillit heurter un autre habitant des lieux qui transportait deux immenses tableaux.

« Putain ! Tu m’as fait flipper mon gars ! jura-t-il. Ça vaut de l’or ça, c’est un investissement, alors regarde où tu marches !
– Tu investis dans l’art ? demanda Julien, surpris.
– Pas de banque, pas de problème. Mais ne va pas suivre Yoann dans son délire sur le bitcoin hein ! lança-t-il en regardant en biais le guide du jour.
– Je ne sais pas… »

Un silence un peu bizarre basé sur l’absence totale de sens de la répartie de notre z’héros s’installa quelques secondes avant que la visite reprenne en direction de la cuisine qui clôturait ce tour du propriétaire. Julien se retrouva alors seul avec son éternel sac à dos kaki. Il profita de l’occasion pour en sortir un sandwich qu’il voulait réfrigérer pour plus tard. Mais une dernière surprise l’attendait pour lui faire découvrir la raison d’être de l’affichage « raise ton mental » sur le plus grand des deux réfrigérateurs. Celui-ci était tout simplement rempli de redbull dans la portière, de bière dans les bacs légumes, et de bocaux de marijuana à tous les autres étages. Pendant un bref instant, il se posa la question de la pertinence de son expatriation à Chiang Mai, mais écarta bien vite cette désagréable pensée pour la remplacer par l’excitation de vivre enfin la vie sans contraintes dont il avait toujours rêvé.

#défiécrireàvolonté Jour 16

Consigne : Immobilité indéfinie

Aujourd’hui, vu que c’est lundi et que nous sommes encore un pied dans la fin de semaine et les yeux brumeux à la sonnerie du réveil, nous allons parler d’immobilité.

Prenez votre personnage et mettez-le en scène dans l’immobilité. Immobilité de l’avatar, des objets qui l’entourent, du temps, etc. C’est à votre discrétion.

Les contraintes :
– utiliser au moins 7 articles indéfinis (aucun, plusieurs, etc.)
– point de vue omniscient (votre narrateur-trice sait tout, entend tout, etc.)

Texte entre 100 et 400 mots

La popularité s’achète

Il n’y a pas que lorsque l’on contemple la mort que le film de notre vie défile devant nos yeux. Parfois, ça arrive lors d’un battement de cil. Wink. En un clignement, plusieurs heures sont passées. Chaque minute est à la fois longue, détirée, et inexistante dans la chronologie que le cerveau embué par les vapeurs d’alcool essaye de construire. Julien, dans un état presque léthargique, les yeux vitreux, la bouche qui parfois s’active toute seule pour répondre à une question dont il n’a même pas conscience, contemple le vide qui sépare les danseurs et les silences entre les beats de la musique trop forte. Tellement de vide. Certains de ses colocs ont trouvé une partenaire et s’activent à jeter des ponts dans le vide qui les séparent. Wink. Le temps de cligner des yeux n’est pas suffisant pour que les vides se remplissent. Et Julien contemple l’immobilité entre chaque mouvement visant à se rapprocher, entre chaque baht dépensé, entre chaque shot afonné. La distance est chaque fois divisée, le vide reste toujours strictement supérieur à zéro. Wink. Une ou plusieurs filles l’ont approché. Il est difficile de les différencier dans la pénombre et dans cet état d’ivresse. Il sait qu’elle•s contemple•nt surement la profondeur de son portefeuille au fur et à mesure que les bouteilles vides s’alignent sur la table. À moins qu’elle•s ne le trouve beau. L’ivresse choisit le raisonnement le plus plaisant. Julien ressort donc son portefeuille pour fièrement afficher une partie de ses gains de joueur de poker professionnel. Pourvu qu’elles ne soient pas jalouses, dans le cas où elles seraient plusieurs.

#défiécrireàvolonté Jour 15

Consigne : Elles ont du style, ces rhétoriques !

Alors ici on va mélanger figures de style et figures de rhétorique. Et les gagnantes sont le zeugma et la métonymie. Attendez je vais vous expliquer ces mots tout droit sortis des enfers.

Le zeugma consiste à coordonner des éléments qui sont normalement incompatibles syntaxiquement ou sémantiquement. On associe souvent un élément concret et un élément abstrait.
Ex.: il était vêtu d’un manteau et d’amabilité.
Elle sortit de son sac ses clés et son sourire le plus radieux.

La métonymie, elle permet de désigner quelque chose en utilisant un autre mot que celui qui convient, comme une partie pour le tout (une lame pour désigner une épée, rejoindre son oreiller pour aller au lit), une relation de cause à effet (boire la mort pour boire du poison) ou le contenant du contenu (manger son assiette, boire un verre).

Donc à vous de faire un texte avec pour thème la nourriture ou le voyage contenant au moins 4 zeugmes et 3 métonymies. Texte entre 150 et 400 mots.

Vous vous sentez d’attaque? Alors c’est à vous! Étonnez-nous.

Premiers pas dans de vieilles habitudes

Julien n’avait pas un look de touriste. Il portait son habit du dimanche. Et je ne parle pas du dimanche pieux, mais du dimanche un peu plus « luv », du dimanche pluvieux. Celui qui ne se vit pas hors de son jogging et rarement loin de son oreiller. C’est vêtu d’un pantalon confortable, de vieilles baskets, d’un hoodie brandé « Poker-Geek », et de sa détermination à changer de vie qu’il tendit son passeport au douanier qui l’attendait à la sortie de l’avion.

Au premier pas à l’extérieur, il fut saisi à la gorge par une bouffée de chaleur qui contrastait avec la grisaille parisienne qu’il avait quittée quelques heures plus tôt. L’air vicié du RER B fut vite remplacé dans ses poumons par le souffle humide et exotique de la Thaïlande. C’était à la fois inconfortable pour le corps et rafraichissant pour l’esprit. Il l’avait fait. Il avait quitté son emploi, ses attaches, sa zone de confort. Un taxi l’emmenait vers une grind house, villa occupée par un groupe de joueurs de poker, et vers son destin.

La réalisation de la distance qui séparait son ancien appartement et son nouveau quotidien ne viendrait que plus tard. Son premier geste en arrivant serait d’ouvrir ses tables de poker en ligne et refermer sa bulle. Bonjour zone de confort, tu m’avais manqué.

#défiécrireàvolonté Jour 14

Consigne : suivre à la lettre. Savez-vous ce qu’est un lipogramme ? Cette jolie figure de style est celle qui exclut dans un texte une lettre de l’alphabet. Donc aujourd’hui, écrivez un texte de style science-fiction en excluant LES lettres « i » et « c ». Entre 250 et 500 mots. Allez I C la grand voile et affrontez la tempête !

D’après la légende, l’élue pourra transgresser toute règle du système

Je me rends vers le grand jour armée de mon amour, de ma volonté de me forger un futur nouveau, de mon dévouement pour les personnes les plus fondamentales pour la santé de mon âme. Des fleurs pavent ma route. Elles ne fanent pas. Elles démontrent mon bonheur, promptement dérobées aux regards lorsque mon pas les dépasse, et révélées dans toute leur beauté le moment d’après.

Je lève les yeux : d’abord lentement, effleurant la foule rassemblée pour nous, et plus sûrement, plus bravement, empruntant un aplomb dans l’extase amoureuse de ma future femme, transportée de bonheur à la pensée naturelle qu’elle sera mon havre, mon refuge, mon foyer, dès que nos voeux auront été gravés sur les serveurs des septante personnes groupées devant nous.

Nous sommes deux épouses, abandonnant leurs réserves, pour un amour absolu, partagé et pourtant sans retour. Septante âmes ont observé une entorse aux règles du jeu. Septante âmes partagent une entente pour protéger les deux amantes de la fureur mal fondée des oppresseurs se voyant défenseurs de la morale du monde fabuleux. Septante âmes joueront leur rôle : septante bugs du redoutable système sourd à l’appel des sens à la tendresse.

Alors la règle morale évoluera. La morale n’est pas paralysée : elle est toujours en mouvement, selon les débats, selon les événements, selon les révoltes. Nous portons en nous le futur que nous voulons. Trouvons-le dans notre nature, tel un vêtement révélé dans une étoffe brute. Adoptons-le dans le réel. Soyons sans attendre le monde dont nous rêvons, en embrassant dans le présent notre don de goûter à notre fantasme dans tous nos sens juste en fermant les yeux. Et téléversons dans le jeu un mod perturbant le système global pour permettre à notre amour absurde des autres êtres d’y régner.

#défiécrireàvolonté Jour 13

Consigne : c’est votre jour de chance.

Voici une prémisse, à vous d’écrire la suite : Votre personnage vient de vivre son premier obstacle.

« C’était sa chance, cet instant que l’on attendait plus, mais qui arrivait à point nommé. Rien ne laissait présager cette lumière au bout du tunnel et c’était avec l’espoir en poche que l’avenir pouvait de nouveau s’envisager. »

Statistiques et probabilités

« Mais monsieur, moi je veux pas être prof de maths alors ça me sert à rien. »

La classe rigole. Les lèvres de Julien se pincent et ne forment plus qu’une ligne. D’un geste un peu brusque, parce qu’il retient un tremblement, il dépose la copie du mauvais élève sur le coin de sa table et se retourne soudainement pour traverser dans le sens inverse et à grands pas la salle de classe.

« Vous voulez du concret ? Interro surprise pour tout le monde ! Vous pourrez remercier Loïc ! »

Il fait volontairement crisser la craie sur le tableau noir en improvisant un exercice. Il connait les chiffres. Il connait l’histoire. Il énonce à voix haute en même temps qu’il écrit.

« Gollum ne veut pas être prof de maths. Et comme Gollum n’a pas de travail, il s’ennuie toute la journée. Gollum a 50 € sur lui qu’il décide de dépenser pour s’amuser. Deux choix s’offrent à lui : il peut acheter 25 grilles de loto à 2 €, ou bien aller au casino pour jouer à la roulette et mettre tout sur le rouge. Sachant qu’en moyenne, on perd 1,24 € par grille de loto achetée, qu’il y a 37 numéros sur la roulette, que le casino double la mise lorsque le rouge sort, et qu’on perd tout quand c’est le noir ou le 0 qui sort, dans quel cas l’espérance de gain est-elle maximale ? Comment les notions de variance et écart-type peuvent-elles influencer le choix de Gollum ? »

C’est la variance ma pauvre Lucette

La notion de gestion de bankroll¹ est importante dans ces cas-là. Julien le sait, et Julien en a marre d’être prof de maths. Il est en bad run depuis un mois. Mathématiquement, ça veut dire que la variance est contre lui. Que ses gains effectifs au poker sont en dessous de son espérance de gain. Il a beau analyser ses mains jouées encore et encore, il ne peut que constater qu’il a pris toutes les bonnes décisions. Et pourtant, la courbe de son espérance de gain sur les 200 000 mains jouées aux tables de poker le mois dernier s’envole alors que sa courbe de gains dégringole. Sa bankroll est au plus bas. Avoir une bonne gestion de bankroll c’est prendre en considération le facteur chance, la variance, pour ne pas investir plus d’un certain pourcentage des fonds disponibles dans chaque partie. Ça permet de ne pas faire faillite au moindre mauvais coup.

Voilà pourquoi Gollum, au chômage, ferait mieux de jouer au loto, même si l’espérance de gain y est meilleure à la roulette : il ne peut pas encaisser la variance si ça se passe mal au casino.

Tant pis.

Julien ouvre sa salle de poker en ligne et s’inscrit à un tournoi High-Roller avec l’intégralité de sa bankroll restante.

La case chance

Rapidement, Julien est chipleader² du tournoi. Il gagne tous ses flips³. Il roule sur les tables, joue agressif même à la bulle pour mettre la pression aux joueurs qui n’auront bientôt plus le choix de partir à tapis. Il sait qu’il est en tilt. S’inscrire à ce tournoi n’était pas une bonne décision et sa chance l’a porté jusque-là.

Pause.

Le tournoi est en pause pour cinq minutes. Julien en profite pour faire défiler les statistiques des joueurs à sa table et du tournoi. La bulle vient de sauter, tous les joueurs restants sont donc gagnants, et il est encore là, des cartes lui seront distribuées dans quelques minutes. Et si ? Et s’il n’était pas obligé de rester en tilt, et s’il revenait à des décisions rationnelles ? Et s’il faisait ça maintenant ? Il active un minuteur, ferme les yeux et prend trois grandes respirations. Il se met à l’écoute de son corps. C’est comme si sa tête surchauffait. C’est comme s’il y avait une boule dure à l’intérieur de son ventre. Julien visualise une lumière douce et dorée qui l’envahit au rythme de sa respiration, rafraichissant son cerveau, dénouant le noeud dans son ventre. Ça fait déjà plusieurs heures qu’il joue sur ce tournoi et il en a encore pour plusieurs heures parce qu’il est déterminé à gagner. Il sent quelque chose se débloquer en lui, et visualise le flot d’or liquide circuler librement à travers tout son corps. Il sait qu’il est prêt, prêt à jouer son A-Game, quand son minuteur sonne et que le croupier virtuel distribue les premières cartes de la reprise à une vitesse inatteignable par les humains qui animent les tables de casino dans la vie réelle.

Quelques heures plus tard, Julien refuse le deal proposé par l’autre joueur ou joueuse. Il sait que l’importance de son tapis et son image agressive depuis le début de la table finale lui confèrent un avantage non négligeable dans ce tête-à-tête final. Il ne veut pas partager les gains. À ce stade, il se fiche de l’argent, il veut surtout surpasser intellectuellement un•e autre génie du poker. C’est sa chance.

Et il perd le coup suivant. En jouant sur son image agressive, il a tenté d’attraper son adversaire avec une belle main faite, mais celui•celle-ci était sur un tirage par le ventre avec une paire inférieure et a touché sa fichue carte. Envolé l’avantage du gros tas de jetons. Les coups suivants se succèdent sans voir beaucoup de changement dans l’équilibre des tapis. Les blindes montent petit à petit. Il est déjà quatre heures du matin et ils n’ont plus qu’une vingtaine de blindes chacun, il va être temps de mettre tout au milieu.

As-Roi. Le cœur de Julien s’arrête. C’est la main du coin-flip par excellence. Relance, surrelance, pas le choix : tapis. Payé et c’est parti. Son adversaire retourne une paire de dames. Ça ne lui enlève pas de carte, mais c’est un vrai 50/50. Le flop apparait à l’écran : 5-Dame-3.

« ARGH ! »

Julien a crié en faisant pivoter son siège de bureau pour tourner le dos à l’écran. Un flot de colère est sorti brutalement avec ce cri qui venait des tripes sans aucune considération pour le voisinage. Il a perdu son flip. Un coup de malchance qui vient rééquilibrer son karma si maltraité par sa décision de payer son entrée dans ce tournoi. C’est bien fait pour lui en fait. Il mérite de perdre. Bien sûr quand on parle de perdre on parle de gagner quand même 12 450 € pour la deuxième place, mais pour lui la défaite dans ce heads-up est bien plus cuisante que s’il était sorti dès le premier niveau, perdant alors l’intégralité de sa bankroll restante. C’est un échec à prouver à lui-même et à ce•tte joueur•se inconnu•e, mais visiblement brillant•e la supériorité de son intellect.

Un son de feu d’artifice sort de ses haut-parleurs. Le son d’une victoire à un tournoi. Incrédule, Julien se retourne et regarde le flop : 5-Dame-3-10-Valet. Quinte. Il a une quinte. Et remporte le gros lot, 18 000 €, et son estime de lui.

 

¹ Les fonds dédiés au poker
² Le joueur avec le plus de jetons dans le tournoi à un moment donné
³ Abréviation de coin flip, jeu de pile ou face, il s’agit en poker des coups dont la probabilité de gagner ou perdre la main est d’environ 50%

#défiécrireàvolonté Jour 12

Consigne : objets censurés.

Voici des objets :

    • ciseaux
    • scotch tape
    • bracelet en perles
    • purex
    • livre
    • crayola
    • clefs
    • feuille de papier
    • pull over
    • montre
    • agenda papier
    • stylo bic
    • cadre photo vide

Ce sont les seuls que vous avez le droit d’utiliser. Choisissez-en un et érotisez-le !
Attention, ça ne veut pas dire de l’intégrer dans une scène coquine, que nenni ! C’est l’objet votre personnage principal, c’est donc lui qui possède le potentiel érotique. Pas d’autres personne ou objet dans la scène, évidemment.

Amusez-vous bien et ne faites pas trop de bêtises avec vos objets. 

Rangez-vous sur le côté

Deux aiguilles dansent dans un cliquetis de plus en plus rapide. Le fil de laine devient boucle, s’entortille autour de ces aiguilles pour participer au premier acte d’un élégant ballet aérien, et s’enfile en lui-même accompagné de ses partenaires. Une brève pause leur laisse le temps de reprendre leur souffle lorsqu’une des aiguilles, comblée, se retire. Si brève pause. L’acte deux les remet tous trois en branle, et le fil de laine n’en peut plus de passer d’une aiguille à l’autre, tantôt détiré, tantôt recroquevillé. Il sait qu’il aura bientôt épuisé sa longueur. Il en tremble d’excitation, et l’appréhende à la fois. A la fin de l’acte trois, il devra dire adieu à ses deux belles partenaires, si fines et si féminines, si expérimentées aussi : elles en ont vu d’autres avant lui. Une nouvelle vie s’ouvrira à lui. Plus jamais roulé en position foetale dans un film plastique, mais porté avec fierté, exposé à tous, enfilé et retiré chaque jour, un souvenir ardent imprégnant chacune de ses mailles, chacun de ses points, à l’endroit comme à l’envers, il frotte désormais délicieusement la peau, sa nouvelle partenaire.

#défiécrireàvolonté Jour 11

Consigne : colorez-vous !

Vous allez choisir un couleur et vous allez la décrire sans jamais la nommer. Vous allez raconter son histoire. Et les autres vous aurez pour défi de trouver la couleur que vos coéquipier-es auront décrite.

Vous avez le droit de choisir des couleurs type rvb ou des nuances (turquoise, violet, orange, etc.), mais il faut quand même que ça reste accessible (donc pas de lavande, moutarde ou autre).

J’ai essayé d’attraper une couleur pour te la décrire

Jette un oeil par la fenêtre, tu la verras partout. Cette couleur omniprésente, et pourtant si difficile à reproduire. Crois-moi : j’ai essayé de m’en faire une robe. J’ai essayé de l’attraper dans la mer, mais elle me filait entre les doigts, et je me suis retrouvée trempée, à peine plus foncée, et encore : ça a vite séché tellement elle était présente et visible. J’étais inchangée. J’en ai trouvé sous forme de baie dans la forêt. J’en ai ramassé un plein panier et les ai écrasées une à une, mais je ne parvenais qu’à teindre la table et mes doigts de violet. Encore raté ! C’est en constatant l’échec sur mes mains colorées que je l’ai vu. Une petite cordelette de la couleur tant convoitée courait sous ma peau, reliant mon poignet et le creux de mon coude. Alors, profitant de cette dernière chance, j’ai pris un couteau, et j’ai tranché, coupé, charcuté. J’ai essayé de l’attraper, mais une fois ouvert le petit tuyau, peu importe où le couteau frappait, ce n’était que du rouge qui en sortait. La couleur et la vie me filaient entre les doigts. Jusqu’à ce que je me sente partir, d’abord loin mais toujours ici, puis avec le fracas d’une bulle qui éclate, j’ai glissé hors de mon corps, tout doucement. J’ai baissé les yeux vers cet amas de chair en charpie, puis j’ai coupé le lien et me suis envolée, loin au milieu de cette douce couleur qui m’avait toujours appelée. Me voilà donc parée de ma belle robe, de la teinte dont j’avais rêvé, observant le monde et me laissant observer, admirer, par toutes les paires d’yeux du monde entier.

 

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